Georges Cipriani

Publié le par Camarades

nullGeorges Cipriani est né en 1950 dans une famille d’ouvriers. A la fin des années 60, il travaillait comme fraiseur dans « l’artillerie » de Renault, un atelier de machine-outils. « Le travail bouffe la vie...Donc, si il existe un besoin réel de dépasser le salariat et de s'abolir comme prolétariat pour se réapproprier du temps, sa propre vie, alors ce besoin et ce savoir viennent bien de ce vécu lui-même où, sans discussions profondes, temps et vie sont écartés d'un geste - le geste auquel contraint la cadence ou la machine elle- même. » Ainsi décrit Georges son vécu de cette époque dans une interview de 2004. Il combattait comme militant révolutionnaire dans le comité de base de « l’Ile du Diable » (une partie du siège de Renault à Boulogne-Billancourt) lors de l’assassinat de Pierre Overnay, qui avait, militant communiste lui aussi, distribué des tracts aux portes de l’usine (25 février 1972). La forte mobilisation, les discussions, les grèves spontanées qui ont suivi l’assassinat furent un tournant pour Georges. Soudain, des décisions importantes devaient être prises, contrairement à la vie impuissante à laquelle il avait été destiné. « Et en ce jour de Février 1972, j'avais comme perspective devant moi encore á peu prés, jusqu'á la retraite, 43 ans de pas grand chose á décider.» Métro, boulot, dodo… Les dix années suivantes que Georges a passé à Francfort furent remplies d’activités multiples depuis les dernières démonstrations contre la guerre du Vietnam, en passant par le mouvement contre la piste d’envol Ouest à l’aéroport de Francfort et les actions contre les néo-nazis, jusqu’à (entre autres) la lutte pour la survie quotidienne dans une existence précaire. Il lit les situationnistes, Sartre et Hegel, approfondit Marx et d’autres « classiques » et s’occupe de la révolution russe et de la guerre civile espagnole. Il observe l’individualisme et la désorganisation croissants de la nouvelle Gauche en Allemagne Fédérale et son figement dans l’ornière du parti des Verts.


Il retourne en France au début des années 80 et devient membre d’Action Directe. « On ne se réalise que dans la décision de s'abolir de sa condition. » dit Georges en 2004. Et, quant aux conditions de sa décision d’alors : « Bien que d'ici, la prison, avec le système cellulaire individuel 24 heures sur 24, l'enfermement et pour ainsi dire le vécu d'une prise de corps avec l'arrestation, il me soit aujourd'hui difficile d'appréhender encore ce que sont individualisme et individualisation - si je me rappelle ce que ces termes recouvrent et ce que cela signifie comme combat conditionné contre le négatif de ces aspects et leurs expressions, telles que l'inconstance et l'inconséquence, dérive et louvoiements, recherche et besoin de présence autre, l'étroitesse renouvelée des couples et besoin de possession, flirts, fixation amoureuse, ennui et spleen, la souffrance et le revenu stéréotypé du quotidien, alors ce combat, je pense dire, fut moteur dans le qui me fit rejoindre A. D. et la volonté, le désir et la décision par la connaître, vivre et partager une collectivité, la tisser - bref, de découvrir dans la pratique ce que peut signifier s'organiser concrètement et quitter ainsi les gardes-fou de l'individualisme. Des lendemains assurés. » .




Georges Cipriani
est détenu à la prison d'Ensisheim en Alsace. Sa dernière demande de semi-liberté a été refusée le 20 août
2009 au motif , entre autres, "qu'il n'a pas évolué dans ses idées sur la légitimité de la lutte contre le capitalisme engagée par Action Directe dans les années 80". Une nouvelle demande a été déposée fin septembre 2009. Elle devrait être examinée au premier trimestre 2010.

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